On aurait pu miser sur une victoire écrasante de l’un ou l’autre, mais ce Espagne-Croatie à l’Euro 2024 échappe aux lectures simplistes. D’un côté, la Roja avance, portée par son héritage et une nouvelle vague de joueurs inspirés. De l’autre, la Croatie, toujours conduite par l’infatigable Luka Modrić, entend bien bouleverser la hiérarchie. Ces deux sélections se dressent face à face, chacune armée de ses promesses, de ses doutes et de ses certitudes, prêtes à offrir un duel où la technique tutoie la tension sur chaque parcelle du terrain.
Forces et faiblesses de l’Espagne
Sous la direction de Luis de la Fuente, l’Espagne s’appuie sur son ADN : dominer le ballon, imposer un tempo, étouffer l’adversaire par le mouvement. Pedri incarne ce souffle créatif au cœur du jeu, mais son récent remplacement par Dani Olmo fait naître quelques interrogations sur sa forme du moment.
Pour prendre la mesure des points forts espagnols, il suffit de s’arrêter sur plusieurs individualités qui ont su marquer la différence lors de leur dernière confrontation :
- Fabian Ruiz, désormais au PSG, a fait parler sa palette en marquant et en offrant une passe décisive à Morata contre la Croatie, récoltant au passage le titre d’homme du match décerné par l’UEFA.
- Unai Simon, le portier, a multiplié les parades et s’est notamment illustré face à Perisic.
- Dani Carvajal, véritable rempart défensif, a aussi frappé fort en s’invitant sur la feuille de match.
Malgré ces arguments, certains points de fragilité sont bien réels. La Roja s’appuie fortement sur Rodri au milieu, et son remplacement par Zubimendi à cause de crampes révèle une inquiétude : la moindre absence peut déséquilibrer l’ensemble. Les jeunes comme Lamine Yamal, sorti pour laisser sa place à Ferran Torres, montrent un potentiel brut, mais les réglages restent à peaufiner.
La défense, composée notamment de Nacho et Le Normand, tient bien la barre, mais il faudra surveiller les contres adverses. Le remplacement de Williams par Merino, autre décision notable, traduit une recherche d’équilibre qui n’est pas encore totalement aboutie.
Forces et faiblesses de la Croatie
Côté croate, Zlatko Dalic capitalise sur une ossature expérimentée, soudée par les années et les batailles communes. Luka Modric règne toujours sur le milieu, distribuant le jeu avec une précision qui fait mal.
Plusieurs joueurs ont su tirer leur épingle du jeu lors du match contre l’Espagne :
- Gvardiol, solide en défense centrale, assure derrière tout en relançant proprement. Son duo avec Stanisic, passeur décisif pour Budimir, semble prêt à s’imposer.
- Livakovic, dans les cages, a brillé en s’opposant à Yamal sur un tir dangereux.
Mais tout n’est pas réglé pour la Croatie. Bruno Petkovic, privé de but face à l’Espagne après un refus de l’arbitre, peine à maintenir une constance dans ses performances. La défense, pourtant aguerrie, a connu des failles sur certaines accélérations espagnoles.
Les remplacements stratégiques
Pour rester dans le match, Dalic n’a pas hésité à bouleverser son onze : Budimir a pris la place de Perisic, tandis que Kramaric, touché lors d’un duel avec Rodri, a dû sortir. Ces ajustements, s’ils répondent parfois à l’urgence, bousculent l’équilibre collectif.
Le rôle clé de Brozovic
Au centre du terrain, Brozovic tient la baraque devant la défense. Ses transmissions vers l’avant, notamment à destination de Majer, ouvrent des brèches et génèrent des situations dangereuses. Mais ce schéma reste fragile si Brozovic flanche ou traverse une période de moins bien. La Croatie devra veiller à ne pas dépendre uniquement de lui.
L’enjeu sera de trouver le juste dosage entre les cadres expérimentés et les jeunes talents pour continuer à lutter au plus haut niveau.
Analyse comparative et perspectives pour le match
Le duel qui s’est joué au Stade olympique de Berlin a offert un condensé de ce que ces deux sélections ont à proposer. Dans ce groupe B dense, où l’Italie et l’Albanie complètent le tableau, chaque détail compte pour espérer franchir la phase de poules.
Espagne : la force du collectif
Sous les ordres de Luis de la Fuente, la Roja a affiché une maîtrise technique remarquable. Fabian Ruiz, récompensé par l’UEFA, s’est illustré en trouvant les filets et en servant Morata. Derrière, Le Normand et Nacho ont verrouillé la défense, réduisant l’espace disponible pour les attaquants croates.
Unai Simon, impérial sur sa ligne, a rassuré ses partenaires avec des arrêts déterminants, notamment devant Ivan Perisic. Les choix de remplacements, comme l’entrée de Dani Olmo pour Pedri, ont permis de maintenir la pression sur la défense adverse jusque dans les dernières minutes.
Croatie : l’expérience en atout
En face, la Croatie s’en remet à la science du jeu de Modric et à la régularité de Brozovic. Gvardiol et Stanisic forment un duo défensif fiable, mis à contribution tout au long du match par les vagues espagnoles.
Devant, Bruno Petkovic a tenté de bousculer la défense ibérique, mais la réussite n’a pas suivi. Les sorties sur blessure, en particulier celle de Kramaric, ont compliqué la tâche de Dalic, qui a dû revoir son plan en cours de route.
Perspectives pour le prochain match
Pour la suite, chaque équipe devra ajuster son approche. L’Espagne cherchera à profiter de la dynamique positive de Fabian Ruiz et à optimiser ses choix tactiques. La Croatie, elle, devra trouver des solutions plus efficaces dans le secteur offensif. Dans ce groupe B où chaque point pèse lourd, la moindre erreur pourra coûter très cher. Les dés sont loin d’être jetés, et la prochaine rencontre pourrait bien redistribuer toutes les cartes.


